Si Lahbib réveillez-vous, ils sont devenus fous !

Bâtisseur de la Tunisie moderne

Bâtisseur de la Tunisie moderne


On l’a compris, j’espère, « Si Lahbib » est bien le bâtisseur de la Tunisie moderne, feu Habib Bourguiba, Dieu ait son âme, lui pardonne ses fautes et le récompense de tout ce qu’il a fait de bon pour ma patrie ! Allahomma Amin !

Je n’ai pas été bourguibiste du règne de Bourguiba ; mais au fond de moi, je me suis toujours senti bourguibien, car, de quelque point de vue que je considère l’Histoire, et avec tout le respect des critiques respectables qui peuvent très justement lui être faites (Il était homme et rien d’humain ne lui était étranger !),  je ne trouve en lui que les traits du génie qui fait les grands hommes, sans commune mesure avec les petitesses de ses détracteurs dont plusieurs se prennent pour des sains ou des héros des dernières heures.

Le plus curieux dans la situation, c’est que ces détracteurs sont son propre produit, qu’ils le veuillent ou pas et rien que pour cela, ils devraient lui être reconnaissant ou au moins lui devoir du respect, dans les règles de la bonne éthique qui impose le respect à toute forme de lutte sincère, dût-elle parfois s’avérer mal choisie par erreur d’appréciation. Il suffirait pour cela d’avoir l’honnêteté de (se) l’avouer.

En tout cas, moi, je suis à la fois en devoir et dans la fierté de me reconnaître de ce pays qu’il a tant chéri à avoir voulu en faire presque son produit : ce fut un excès déplorable, mais il n’en est pas moins pardonnable. Ne lui avait-il pas voué toute sa vie et sacrifié toute autre chose ? Oui, ce pays a été pour lui l’ambition avec laquelle son être et son action se sont confondus, comment donc, à la fin de sa vie, ne serait-il pas tenté par quelque idée folle qui le ferait tenir à son pays, à sa façon, comme à un enfant chéri ? L’erreur était de ceux qui l’avaient laissé faire, car on n’a toujours que les gouvernants qu’on mérite.

Ainsi, je veux faire la part de l’homme, avec ses défaillances, et celle du symbole d’un modèle de société pleinement inscrite dans la logique de la modernité, sans renoncement à ce qui est essentiel dans son identité. Si le premier a droit à notre clémence, le second est digne de notre respect et notre reconnaissance.

En effet, à faire le bilan de l’homme, il n’y a que les aveugles ou les ingrats pour ne pas reconnaître son mérite. Bourguiba, sans doute par son génie propre mais surtout par l’appui de tous ses compagnons de lutte et sincères collaborateurs,  a vu juste en optant pour le Code du Statut Personnel avant la République même, car il savait que, sans la moitié de la société, il n’y avait pas de république. Il a instauré la République et l’a dotée d’une des constitutions les plus modernes en son temps ; malheureusement, affaibli et en manque de lucidité, il a été lui-même amené à manquer au respect dû à l’intégrité de la République et de la Constitution, ouvrant ainsi la voie au dérapage politique qui a pu s’infiltrer par cette faille pour faire ses ravages à chaque fois que les conditions lui étaient propices.

Toutefois, la solide assise d’un Etat moderne, Bourguiba et les siens l’ont faite d’abord du social intégral : démocratisation de l’enseignement gratuit, grande étendue de la politique sanitaire, planning familial, un noyau non négligeable d’un tissu industriel fiable et une diplomatie légaliste et pacifiste qui a permis à la Tunisie de cumuler un capital de confiance lui valant respect et crédibilité, un demi-siècle durant. Rien que cela est fort louable ! Gare à l’ignominie donc de venir aujourd’hui déverser sur Bourguiba les défaillances des autres parties impliquées dans le sort du pays!

Aujourd’hui, à voir comment les choses évoluent, j’ai bien peur pour les acquis réalisés par les bâtisseurs de notre Patrie. J’entends déjà nier la république et vouloir passer pour ses bâtisseurs ! J’entends même contester la légitimité de Bourguiba et je me demande alors si de tels propos ne sont l’effet d’un quelconque dérèglement ou de quelque maladie ! J’apprends qu’un prétendu fin connaisseur de poésie veut nous changer notre hymne national ! Et de fil en aiguille, on en arrive à bafouer le drapeau national, au vu et au su des autorités qui ont la responsabilité de sa protection, en passant par tous les prêches qui viennent nous apprendre à tordre le cou à la raison, au nom même de la religion la plus rationnelle, celle-là même qui a nourri nos cœurs et nos esprits, ainsi que ceux de nos parents, de l’amour gratuit et sincère voué au Créateur et à son prophète !

Tout pousse à croire que, contrairement aux raisons mêmes qui ont poussé une saine jeunesse de la Tunisie à conduire le soulèvement ayant pour but de redresser une situation défectueuse, c’est plutôt un dérèglement certain qui en train de s’instaurer dont tout le monde est en partie responsable, moi-même autant que les autres. Je me souviens alors d’un film datant d’un tiers de siècle qui finissait par une phrase que je parodie en ces termes : « Si Lahbib réveillez-vous ; ils sont devenus fous ! »

 

Mansour M’henni

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